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Ces Tunisiens qui sabotent la révolution

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La révolution tunisienne n’est pas terminée. Certes, Ben Ali a été éjecté, mais il n’en demeure pas moins que le succès de la révolution ne saurait se prévaloir sans une stabilité politique et sociale.
Or on en est loin avec ces grèves à répétition, ces troubles sociaux, cette insécurité, ces actes de vandalisme, cet excès d’incivisme, etc.
La sonnette d’alarme tirée par le gouverneur de la Banque centrale de Tunisie devrait alerter l’ensemble des citoyens, mais il se trouve qu’elle est prise à la légère par certains gauchistes qui refusent de voir les dangers d’une dérive économique et d’une fragilisation de l’entreprise et de l’Etat.

C’est le patron d’un grand groupe tunisien qui nous interpelle. Un des premiers groupes tunisiens, un des premiers employeurs du pays. Un des premiers exportateurs aussi. Ses usines sont implantées un peu partout dans le pays et dans les régions les plus reculées, là où l’on cherche à créer le plus d’emplois.
Le patron de ce groupe n’a pas de problème avec ses syndicalistes. Il a eu l’intelligence, depuis des années, de les responsabiliser en publiant tous ses chiffres. Ces syndicalistes savent, avant même le patron de leur groupe, quand est-ce que l’entreprise est en bonne santé et quand est-ce qu’elle ne l’est pas. Quand est-ce qu’il faut revendiquer et quand est-ce qu’il faut surseoir à ses revendications. Combien exiger et quoi demander.
Non, le problème de ce groupe n’est pas avec les syndicalistes, contrairement à Tunisie Telecom, Tunisair, El Mouradi ou Henkel, mais avec les demandeurs d’emploi des régions reculées dans lesquelles sont implantées ses usines.
Ces demandeurs d’emploi pointent quotidiennement pour réclamer un job que le chef d’entreprise n’a pas les moyens d’accorder, puisque ces usines tournent au ralenti depuis plus d’un mois. Pas de production, pas d’exportation, pas de vente, pas de recettes, pas d’emploi. L’équation, si simple à comprendre, ne rentre pas dans les têtes de ces demandeurs d’emploi.
Pour eux, comme pour les grévistes du bassin minier de Gafsa, comme pour des centaines de milliers de Tunisiens, un chef d’entreprise est assis sur une montagne de fric qu’il refuse de distribuer. Pour eux, l’Etat est assis sur une montagne de fric qu’il refuse de distribuer.
Il y a même une femme de ménage qui a entendu dire que l’Etat s’apprête à leur accorder une prime mensuelle de 150 dinars et un sac hebdomadaire de provisions à toutes celles qui ne veulent plus travailler et acceptent de rester à la maison.

Pour se faire entendre, ces demandeurs d’emploi ont trouvé la méthode. Ils pointent à l’usine et bloquent les accès. Ou ramènent leurs bébés et les mettent sur les bureaux des directeurs. « Puisque vous ne voulez pas nous donner du travail, eh bien vous n’allez pas pouvoir travailler ! ».
Face à une situation inextricable, le patron du groupe a été amené à jouer aux pompiers et à fermer provisoirement les usines les unes après les autres.
Naturellement, la production a baissé drastiquement, mais il ne pouvait pas faire autrement.
Et, naturellement, dans ces régions reculées, il est impossible d’appeler les forces de l’ordre à la rescousse et d’user de force.
C’est déjà bien qu’un semblant de retour à la normale est constaté dans plusieurs régions, si l’on fait semblant de ne pas voir les constructions anarchiques, les actes de vandalisme, l’insécurité sur plusieurs routes et les agissements de certaines parties occultes pour préserver un climat de terreur.

Quand Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, a déclaré que la dérive économique risque d’être plus dure que la dérive sécuritaire et a appelé à la responsabilité citoyenne, certains n’ont pas trouvé mieux que de lui rire au nez. Un de nos commentateurs osera même : « les rcdistes essaient de faire peur aux Tunisiens en leur disant « c’est la faillite » alors que les caisses de la BCT sont pleines (les réserves en devises sont énormes etc…) », selon lui qui ajoute que ces propos sont une propagande populiste à 1 dinar dont l’objectif est de faire oublier l’organisation d’élections démocratiques et des revendications sociales légitimes.

Justement, le premier objectif de ce gouvernement aurait dû être l’organisation d’élections démocratiques et la création d’emplois. Or il se voit occupé à résoudre des problèmes qui n’existaient pas hier, sous couvert de revendications sociales légitimes.
C’est le cas de Tunisie Telecom où le problème de disparités salariales existe depuis des années, mais qui vient d’être soulevé actuellement.
Le gouvernement a dû surseoir à ses urgences pour s’occuper de ce problème et a même envisagé une solution fort équitable qui aboutira à l’augmentation de la rémunération de plusieurs salariés. Mais le syndicat ne l’entendait pas de cette oreille, a refusé ces augmentations en insistant sur le licenciement de ceux qui touchent de gros salaires.
Paradoxalement, le même syndicat qui refuse la main tendue par Tunisie Telecom passe à Tunisiana pour exiger des augmentations qui n’ont pas lieu d’être. Ou, du moins, qu’il n’est pas urgent d’accorder puisque les salariés de Tunisiana ne sont pas réputés pour être ceux qui souffrent le plus dans le pays.
Idem du côté de Tunisair où le gouvernement a reculé, en un temps record, devant des revendications qui feront reculer la compagnie aérienne nationale de plusieurs années. Qui la mèneront droit au mur avec une faillite quasi certaine si le futur gouvernement élu ne remette pas les pendules à l’heure de nouveau.

En parallèle, dans la société civile, on s’active à faire taire les voix en lançant de véritables chasses aux sorcières. Gouverneurs, ministres, journalistes, PDG, tout le monde fait le procès de tout le monde. Tout un chacun se prend pour un justicier capable de juger quiconque, sur fond de règlement de comptes.
Dans la foulée, on oublie l’apport de ces personnes et les priorités qu’a le pays : préserver la compétitivité, créer de la croissance pour pouvoir créer de l’emploi et passer aux élections.
Or, à cinq mois théoriques de ces élections (constitutionnellement ces élections devraient se dérouler dans moins d’un mois), aucune figure politique n’est sortie pour se présenter aux citoyens et lui proposer un programme. A ce rythme, il est quasiment impossible que ces élections se tiennent selon le calendrier prévu.
En bref, on a oublié tout ce qui a poussé les Tunisiens à faire cette révolution (élections démocratiques et création d’emploi) et on s’occupe à s’entretuer et à améliorer les conditions de vie des Tunisiens moyens.
Quoi de mieux pour saboter une révolution ?

Raouf Ben Hédi

مخطط « برنارد لويس » لتفتيت العالم العربي والإسلامي

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الذين لم يقرءوا التاريخ يظنون ما صنعته أمريكا بالعراق من احتلال وتقسيم أمرًا مفاجئًا جاء وليد الأحداث التي أنتجته، وما يحدث الآن في جنوب السودان له دوافع وأسباب، ولكن الحقيقة الكبري أنهم نسوا أن ما يحدث الآن هو تحقيق وتنفيذ للمخطط الاستعماري الذي خططته وصاغته وأعلنته الصهيونية والصليبية العالمية؛ لتفتيت العالم الإسلامي، وتجزئته وتحويله إلي « فسيفساء ورقية » يكون فيه الكيان الصهيوني السيد المطاع، وذلك منذ إنشاء هذا الكيان الصهيوني علي أرض فلسطين 1948م، وعندما ننشر هذه الوثيقة الخطيرة لـ »برنارد لويس » فإننا نهدف إلي تعريف المسلمين بالمخطط، وخاصة الشباب الذين هم عماد الأمة وصانعو قوتها وحضارتها ونهضتها، والذين تعرضوا لأكبر عملية « غسيل مخ » يقوم بها فريق يعمل بدأب؛ لخدمة المشروع الصهيوني الأمريكي لوصم تلك المخططات بأنها مجرد « نظرية مؤامرة » رغم ما نراه رأي العين ماثلاً أمامنا من حقائق في فلسطين والعراق والسودان وأفغانستان، والبقية آتية لا ريب إذا غفلنا.

وحتي لا ننسي ما حدث لنا وما يحدث الآن وما سوف يحدث في المستقبل، فيكون دافعًا لنا علي العمل والحركة؛ لوقف الطوفان القادم.

برنارد لويس » من هو؟ * العراب الصهيوني.

* أعدي أعداء الإسلام علي وجه الأرض.

* حيي بن أخطب العصر الحديث، والذي قاد الحملة ضد الإسلام ونبي الإسلام، وخرج بوفد يهود المدينة؛ ليحرض الجزيرة العربية كلها علي قتال المسلمين والتخلص من رسولهم.

* صاحب أخطر مشروع في هذا القرن لتفتيت العالم العربي والإسلامي من باكستان إلي المغرب، والذي نشرته مجلة وزارة الدفاع الأمريكية.

ولد « برنارد لويس » في لندن عام 1916م، وهو مستشرق بريطاني الأصل، يهودي الديانة، صهيوني الانتماء، أمريكي الجنسية.

تخرَّج في جامعة لندن 1936م، وعمل فيها مدرس في قسم التاريخ للدراسات الشرقية الإفريقية،

كتب « لويس » كثيرًا، وتداخل في تاريخ الإسلام والمسلمين؛ حيث اعتبر مرجعًا فيه، فكتب عن كلِّ ما يسيء للتاريخ الإسلامي متعمدًا، فكتب عن الحشاشين، وأصول الإسماعيلية، والناطقة، والقرامطة، وكتب في التاريخ الحديث نازعًا النزعة الصهيونية التي يصرح بها ويؤكدها.

نشرت صحيفة « وول ستريت جورنال » مقالاً قالت فيه:

إن برنارد لويس « 90 عامًا » المؤرخ البارز للشرق الأوسط وقد وَفَّرَ الكثير من الذخيرة الإيدلوجية لإدارة بوش في قضايا الشرق الأوسط والحرب علي الإرهاب؛ حتي إنه يُعتبر بحقٍّ منظرًا لسياسة التدخل والهيمنة الأمريكية في المنطقة.

قالت نفس الصحيفة إن لويس قدَّم تأيدًا واضحًا للحملات الصليبية الفاشلة، وأوضح أن الحملات الصليبية علي بشاعتها كانت رغم ذلك ردًّا مفهومًا علي الهجوم الإسلامي خلال القرون السابقة، وأنه من السخف الاعتذار عنها.

رغم أن مصطلح « صدام الحضارات » يرتبط بالمفكر المحافظ « صموئيل هنتينجتون » فإن « لويس » هو مَن قدَّم التعبير أولاً إلي الخطاب العام، ففي كتاب « هنتينجتون » الصادر في 1996م يشير المؤلف إلي فقرة رئيسية في مقال كتبها « لويس » عام 1990م بعنوان جذور الغضب الإسلامي، قال فيها: « هذا ليس أقل من صراع بين الحضارات، ربما تكون غير منطقية، لكنها بالتأكيد رد فعل تاريخي منافس قديم لتراثنا اليهودي والمسيحي، وحاضرنا العلماني، والتوسع العالمي لكليهما ».

طوَّر « لويس » روابطه الوثيقة بالمعسكر السياسي للمحافظين الجدد في الولايات المتحدة منذ سبعينيات القرن العشرين؛ حيث يشير « جريشت » من معهد العمل الأمريكي إلي أن لويس ظلَّ طوال سنوات « رجل الشئون العامة »، كما كان مستشارًا لإدارتي بوش الأب والابن.

في 1 /5 /2006م ألقي « ديك تشيني » نائب الرئيس « بوش الابن » خطابًا يكرِّم فيه « لويس » في مجلس الشئون العالمية في فيلادلفيا؛ حيث ذكر « تشيني » أن لويس قد جاء إلي واشنطن ليكون مستشارًا لوزير الدفاع لشئون الشرق الأوسط.

لويس الأستاذ المتقاعد بجامعة « برنستون » ألَّف 20 كتابًا عن الشرق الأوسط من بينها « العرب في التاريخ » و « الصدام بين الإسلام والحداثة في الشرق الأوسط الحديث » و »أزمة الإسلام » و »حرب مندسة وإرهاب غير مقدس ».

لم يقف دور برنارد لويس عند استنفار القيادة في القارتين الأمريكية والأوروبية، وإنما تعدَّاه إلي القيام بدور العراب الصهيوني الذي صاغ للمحافظين الجدد في إدارة الرئيس بوش الابن إستراتيجيتهم في العداء الشديد للإسلام والمسلمين، وقد شارك لويس في وضع إستراتيجية الغزو الأمريكي للعراق؛ حيث ذكرت الصحيفة الأمريكية أن « لويس » كان مع الرئيس بوش الابن ونائبه تشيني، خلال اختفاء الاثنين علي إثر حادثة ارتطام الطائرة بالمركز الاقتصادي العالمي، وخلال هذه الاجتماعات ابتدع لويس للغزو مبرراته وأهدافه التي ضمَّنها في مقولات « صراع الحضارات » و »الإرهاب الإسلامي ».

في مقابلة أجرتها وكالة الإعلام مع « لويس » في 20/5/2005م قال الآتي بالنص: « إن العرب والمسلمين قوم فاسدون مفسدون فوضويون، لا يمكن تحضرهم، وإذا تُرِكوا لأنفسهم فسوف يفاجئون العالم المتحضر بموجات بشرية إرهابية تدمِّر الحضارات، وتقوِّض المجتمعات، ولذلك فإن الحلَّ السليم للتعامل معهم هو إعادة احتلالهم واستعمارهم، وتدمير ثقافتهم الدينية وتطبيقاتها الاجتماعية، وفي حال قيام أمريكا بهذا الدور فإن عليها أن تستفيد من التجربة البريطانية والفرنسية في استعمار المنطقة؛ لتجنُّب الأخطاء والمواقف السلبية التي اقترفتها الدولتان، إنه من الضروري إعادة تقسيم الأقطار العربية والإسلامية إلي وحدات عشائرية وطائفية، ولا داعي لمراعاة خواطرهم أو التأثر بانفعالاتهم وردود الأفعال عندهم، ويجب أن يكون شعار أمريكا في ذلك، إما أن نضعهم تحت سيادتنا، أو ندعهم ليدمروا حضارتنا، ولا مانع عند إعادة احتلالهم أن تكون مهمتنا المعلنة هي تدريب شعوب المنطقة علي الحياة الديمقراطية، وخلال هذا الاستعمار الجديد لا مانع أن تقدم أمريكا بالضغط علي قيادتهم الإسلامية- دون مجاملة ولا لين ولا هوادة- ليخلصوا شعوبهم من المعتقدات الإسلامية الفاسدة، ولذلك يجب تضييق الخناق علي هذه الشعوب ومحاصرتها، واستثمار التناقضات العرقية، والعصبيات القبلية والطائفية فيها، قبل أن تغزو أمريكا وأوروبا لتدمر الحضارة فيها ».

انتقد « لويس » محاولات الحل السلمي، وانتقد الانسحاب الصهيوني من جنوب لبنان، واصفًا هذا الانسحاب بأنه عمل متسرِّع ولا مبرر له، فالكيان الصهيوني يمثل الخطوط الأمامية للحضارة الغربية، وهي تقف أمام الحقد الإسلامي الزائف نحو الغرب الأوروبي والأمريكي، ولذلك فإن علي الأمم الغربية أن تقف في وجه هذا الخطر البربري دون تلكُّؤ أو قصور، ولا داعي لاعتبارات الرأي العام العالمي، وعندما دعت أمريكا عام 2007م إلي مؤتمر « أنابوليس » للسلام كتب لويس في صحيفة « وول ستريت » يقول:

« يجب ألا ننظر إلي هذا المؤتمر ونتائجه إلا باعتباره مجرد تكتيك موقوت، غايته تعزيز التحالف ضد الخطر الإيراني، وتسهيل تفكيك الدول العربية والإسلامية، ودفع الأتراك والأكراد والعرب والفلسطينيين والإيرانيين ليقاتل بعضهم بعضًا، كما فعلت أمريكا مع الهنود الحمر من قبل ».

بريجيسنكي مستشار سابق للأمن القومي الأمريكي

مشروع برنارد لويس لتقسيم الدول العربية والإسلامية، والذي اعتمدته الولايات المتحدة لسياستها المستقبلية:

1- في عام 1980م والحرب العراقية الإيرانية مستعرة صرح مستشار الأمن القومي الأمريكي « بريجنسكي » بقوله: « إن المعضلة التي ستعاني منها الولايات المتحدة من الآن ’1980م’ هي كيف يمكن تنشيط حرب خليجية ثانية تقوم علي هامش الخليجية الأولي التي حدثت بين العراق وإيران تستطيع أمريكا من خلالها تصحيح حدود « سايكس- بيكو ».

2- عقب إطلاق هذا التصريح وبتكليف من وزارة الدفاع الأمريكية « البنتاجون » بدأ المؤرخ الصهيوني المتأمرك « برنارد لويس » بوضع مشروعه الشهير الخاص بتفكيك الوحدة الدستورية لمجموعة الدول العربية والإسلامية جميعًا كلا علي حدة، ومنها العراق وسوريا ولبنان ومصر والسودان وإيران وتركيا وأفغانستان وباكستان والسعودية ودول الخليج ودول الشمال الإفريقي.. إلخ، وتفتيت كل منها إلي مجموعة من الكانتونات والدويلات العرقية والدينية والمذهبية والطائفية، وقد أرفق بمشروعه المفصل مجموعة من الخرائط المرسومة تحت إشرافه تشمل جميع الدول العربية والإسلامية المرشحة للتفتيت بوحي من مضمون تصريح « بريجنسكي » مستشار الأمن القومي في عهد الرئيس « جيمي ».

« كارتر » الخاص بتسعير حرب خليجية ثانية تستطيع الولايات المتحدة من خلالها تصحيح حدود سايكس بيكو بحيث يكون هذا التصحيح متسقا مع الصالح الصهيو أمريكي3- في عام 1983م وافق الكونجرس الأمريكي بالإجماع في جلسة سرية علي مشروع الدكتور « برنارد لويس »، وبذلك تمَّ تقنين هذا المشروع واعتماده وإدراجه في ملفات السياسة الأمريكية الإستراتيجية لسنوات مقبلة.

تفاصيل المشروع الصهيوأمريكي لتفتيت العالم الإسلامي</span> « لبرنارد لويس »

« كارتر » الخاص بتسعير حرب خليجية ثانية تستطيع الولايات المتحدة من خلالها تصحيح حدود سايكس بيكو بحيث يكون هذا التصحيح متسقا مع الصالح الصهيو أمريكي.

في عام 1983م وافق الكونجرس الأمريكي بالإجماع في جلسة سرية علي مشروع الدكتور « برنارد لويس »، وبذلك تمَّ تقنين هذا المشروع واعتماده وإدراجه في ملفات السياسة الأمريكية الإستراتيجية لسنوات مقبلة.

تفاصيل المشروع الصهيوأمريكي لتفتيت العالم الإسلامي « لبرنارد لويس »

خريطة شمال إفريقيا

تفكيك ليبيا والجزائر والمغرب بهدف إقامة:

1- دولة البربر: علي امتداد دويلة النوبة بمصر والسودان.

2- دويلة البوليساريو.

3- الباقي دويلات المغرب والجزائر وتونس وليبيا.

>خريطة شبه الجزيرة العربية والخليج

- إلغاء الكويت وقطر والبحرين وسلطنة عمان واليمن والإمارات العربية من الخارطة ومحو وجودها الدستوري بحيث تتضمن شبه الجزيرة والخليج ثلاث دويلات فقط.

1- دويلة الإحساء الشيعية: ‘وتضم الكويت والإمارات وقطر وعمان والبحرين’.

3- دويلة الحجاز السنية.

العراق

تفكيك العراق علي أسس عرقية ودينية ومذهبية علي النحو الذي حدث في سوريا في عهد العثمانيين.

>3 دويلات

1- دويلة شيعية في الجنوب حول البصرة.

2- دويلة سنية في وسط العراق حول بغداد.

3- دويلة كردية في الشمال والشمال الشرقي حول الموصل ‘كردستان’ تقوم علي أجزاء من الأراضي العراقية والإيرانية والسورية والتركية والسوفيتية ‘سابقًا’.

خريطة سوريا والعراق

ملاحظةصوّت مجلس الشيوخ الأمريكي كشرط انسحاب القوات الأمريكية من العراق في 29/9/2007 علي تقسيم العراق إلي ثلاث دويلات المذكور أعلاه وطالب مسعود برزاني بعمل استفتاء لتقرير مصير إقليم كردستان العراق واعتبار عاصمته محافظة ‘كركوك’ الغنية بالنفط محافظة كردية ونال مباركة عراقية وأمريكية في أكتوبر 2010 والمعروف أن دستور « بريمر » وحلفائه من العراقيين قد أقر الفيدرالية التي تشمل الدويلات الثلاث علي أسس طائفية: شيعية في ‘الجنوب’/ سنية في ‘الوسط’/ كردية في ‘الشمال’، عقب احتلال العراق في مارس-أبريل 2003′.

6-سوريا

انظر الخريطة السابقة ‘خريطة تقسيم سوريا والعراق

تقسيمها إلي أقاليم متمايزة عرقيًّا أو دينيًّا أو مذهبيًّا

4- دويلات

1- دولة علوية شيعية ‘علي امتداد الشاطئ’.

2- دولة سنية في منطقة حلب.

3- دولة سنية حول دمشق.

4- دولة الدروز في الجولان ولبنان ‘الأراضي الجنوبية السورية وشرق الأردن والأراضي اللبنانية’.

7- لبنان

خريطة لبنان

تقسيم لبنان إلي ثمانية كانتونات عرقية ومذهبية ودينية:

1- دويلة سنية في الشمال ‘عاصمتها طرابلس’.

2- دويلة مارونية شمالاً ‘عاصمتها جونيه’.

3- دويلة سهل البقاع العلوية ‘عاصمتها بعلبك’ خاضعة للنفوذ السوري شرق لبنان.

4- بيروت الدولية ‘المدوّلة’

5- كانتون فلسطيني حول صيدا وحتي نهر الليطاني تسيطر عليه منظمة التحرير الفلسطينية ‘م.ت.ف’

6- كانتون كتائبي في الجنوب والتي تشمل مسيحيين ونصف مليون من الشيعة.

7- دويلة درزية ‘في أجزاء من الأراضي اللبنانية والسورية والفلسطينية المحتلة’.

8- كانتون مسيحي تحت النفوذ الإسرائيلي.

تقسيم إيران وباكستان وأفغانستان

8- إيران وباكستان وأفغانستان

تقسيمها إلي عشرة كيانات عرقية ضعيفة:

1- كردستان.

2- أذربيجان.

3- تركستان.

4- عربستان.

5- إيرانستان ‘ما بقي من إيران بعد التقسيم’.

6- بوخونستان.

7- بلونستان.

8- أفغانستان ‘ما بقي منها بعد التقسيم’.

9- باكستان ‘ما بقي منها بعد التقسيم’.

10- كشمير.

9- تركيا

انتزاع جزء منها وضمه للدولة الكردية المزمع إقامتها في العراق.

10- الأردن

تصفية الأردن ونقل السلطة للفلسطينيين.

11-فلسطين

خريطة إسرائيل الكبري

ابتلاعها بالكامل وهدم مقوماتها وإبادة شعبها.

خريطة إسرائيل الكبري

خريطة إسرائيل الكبري

12-اليمن

إزالة الكيان الدستوري الحالي للدولة اليمنية بشطريها الجنوبي والشمالي واعتبار مجمل أراضيها جزءًا من دويلة الحجاز.

* اتفاقية سايكس- بيكو 1916 وفيها تم اقتسام ما تبقي من المشرق العربي عقب الحرب العالمية الأولي بين إنجلترا وفرنسا والذي أعقبها وعد بلفور 1917 لليهود في فلسطين

* جيمي كارتر حَكَمَ أمريكا منذ ’1977- 1981′ وفي عهده تم وضع مشروع التفكيك، وهو قس داهية يعتمد السياسة الناعمة وهو الآن يجوب الدول العربية والإسلامية بحجة تحقيق الديمقراطية ونشر السلام في المنطقة

مصر: صحيفة الأسبوع

الخميس 27/01/2011

Six clés pour comprendre les raisons de la chute de Ben Ali en Tunisie

deuxième république

Les évènements qui ont poussé Ben Ali à fuir le pays, et son régime à se disloquer, sont une invite aux chercheurs et acteurs institutionnels à revoir les grilles de lecture qui ont permis jusque là de décoder la société tunisienne et de scruter les mécanismes de son évolution.

1 – Tout d’abord, la représentation du peuple tunisien comme cette «force obéissante»(1), qui inspire les politologues pour expliquer les limites des espaces protestataires en Tunisie et la perduration d’un régime bien établi, s’est avérée totalement erronée au regard des derniers évènements.

En effet, le soulèvement populaire qui s’est produit en Tunisie et qui a connu son paroxysme le 14 janvier avec la chute du régime de Ben Ali n’a pas été envisagé ou propulsé par une force politique ou syndicale organisée, et pour cause ; l’atrophie des espaces politiques et le quadrillage du pays par un système sécuritaire omnipotent empêchaient toute opposition de se déployer aisément. Toutefois, il convient de reconnaître que la centrale syndicale, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT) à travers ses relais régionaux, avait été amenée à accompagner ce mouvement tout au long de son développement.

En fait, c’est un ras le bol généralisé qui a touché toutes les couches sociales de la population – à commencer par les diplômés chômeurs de l’enseignements supérieur qui représentent à eux seuls presque 40% du total des chômeurs – et la haine que nourrissent les Tunisiens contre de la famille de l’épouse du ben Ali qui ont constitué le soubassement de ce mouvement. Comme l’écrit fort justement le chercheur Vincent Geisser, les manifestants sont des acteurs ordinaires qui mènent les mouvements sociaux. Toutefois, «acteurs ordinaires» ne signifient pas forcément acteurs apolitiques.

Au contraire, les élites tunisiennes, proches du régime, comme celles proches de l’opposition indépendante, ont longtemps sous-estimé les nouvelles formes de politisation qui gagnaient la jeunesse tunisienne et notamment les diplômés de l’université. On pensait que les jeunes tunisiens étaient devenus matérialistes, voire «khobzistes», sans idéal politique et que leur seul désir était de consommer les derniers gadgets à la mode. Le régime de Ben Ali apparaissait à leurs yeux, totalement archaïque et déconnecté de leurs aspirations de jeunes tunisiens du XXIe siècle(2).


2
– En dépit du quadrillage sécuritaire et du système de surveillance très sophistiqué mis en place par le régime de Ben Ali depuis son avènement en novembre 1987, ce mouvement populaire s’est propagé comme une trainée de poudre dans tout le pays, prenant au dépourvu non seulement le régime lui-même mais aussi l’opposition traditionnelle, dont les différentes composantes, il est vrai, sont quasi insignifiantes.

La raison de cette contagion rapide s’explique par le fait, qu’à chaque crise sociale ou politique qui secoue le pays, la réponse du pouvoir de Ben Ali a toujours relevé de l’ordre sécuritaire.

Or, pour la première fois, cette crise a pris en l’espace d’un mois (17 décembre 2010 – 14 janvier 2011) une dimension populaire et un ampleur nationale sur lesquelles sont venues se greffer toutes les frustrations : de la jeunesse en chômage, aux régions déshéritées, aux hommes d’affaires indignés par la généralisation de la corruption et du népotisme dans les sphères de l’Etat, à tous ceux qui aspirent à la liberté, à l’état de droit, à la justice sociale…

Le système sécuritaire qui reposait sur ses deux piliers : le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), parti de l’ex président, disposant de ses propres milices, et les forces de police, totalement acquises au régime furent, tous deux, largement débordés par l’ampleur du mouvement. Pour la première fois, les mécontents s’étaient exprimés sur tout le territoire national pour scander les mêmes mots d’ordre synthétisés autour de : «Ben Ali dégage». Ainsi, de la revendication sociale au départ, le mouvement prend une dimension nettement politique, et l’intrication de ces deux revendications va précipiter la chute du régime et la fuite de Ben Ali.

3 – Les méthodes d’action et de mobilisation traditionnelles auxquelles recourait fréquemment la génération des militants opposants des années 1990 ont complètement changé aujourd’hui. Jadis, militants des droits de l’homme et opposants politiques recouraient fréquemment aux pétitions, aux tracts, aux articles et interventions dans les médias étrangers, et, éventuellement à la grève de la faim, pour alerter l’opinion nationale et surtout internationale, sur les violations flagrantes du régime.

Aujourd’hui, avec l’arrivée d’une nouvelle génération qui est née avec l’ère de Ben Ali, ces méthodes changement de formes et de contenus. D’une part, le rôle sans précédent joué par les technologies de la communication, essentiellement Internet, à travers les réseaux sociaux, est considérable.

En effet, à côté d’un espace public complètement domestiqué par le régime où les espaces d’expression sont quasi verrouillés, cohabite une autre Tunisie dite virtuelle dans laquelle se déploie plus d’un million et demi d’utilisateurs tunisiens, où les proxys – qui permettent de contourner la censure d’internet – sont légions. Grâce à ces adresses proxy, les jeunes d’abord, et toutes les catégories sociales, ensuite, naviguent à leur guise sur les sites interdits, échangent des informations de toutes sortes entre eux et diffusent des vidéos sur le régime.

Dans le même temps, et par le truchement du réseau social le plus prisé, Facebook, ils peuvent aussi aménager des formes d’action et de mobilisations relayées dans la vie quotidienne réelle telles que les appels à des manifestations de rue, les mouvements de grève, les dernières blagues contre le régime et surtout, sur l’épouse du président et sa famille, etc. L’usage intensif de ces technologies pour la conscientisation du mouvement et sa participation active à la chute du régime peuvent laisser croire qu’il s’agit de la première « révolution numérique » dans le monde.

D’autre part, l’apparition d’une nouvelle forme de mobilisation comme l’immolation par le feu devant des édifices publics a eu des effets réactifs à travers tout le pays. En effet, les images des corps des jeunes transformés en boule de feu (on en dénombre cinq dans ce cas et plus d’une centaine de morts, essentiellement par balles) qui circulent à travers les vidéos sur Facebook mais aussi sur les chaînes satellitaires comme Al Jazeera ont donné le signal de départ d’une forte mobilisation contre le régime.

4 – Toutes ces formes de mobilisation, que ce soit l’immolation par le feu et la «révolution numérique», sont d’abord impulsées par des jeunes tunisiens qui appartiennent à différentes couches sociales, y compris celles qui s’étaient alliées à Ben Ali lors de son avènement. Ces méthodes d’action tranchent dans leur forme et dans leur contenu avec celles qui avaient cours chez les ainés. En effet, les méthodes classiques telles que la grève de la faim tendent à être supplantées par de nouvelles formes induites par l’usage généralisé du numérique, et de surcroît, les messages que ses nouvelles formes renvoient se distinguent nettement de ceux des aînés par leur radicalisation, la dénonciation systématique du régime et l’appel à la rupture totale avec lui.

5 – Une autre idée reçue – aisément colportée en Occident – porte sur le rôle de l’armée dans les pays arabes. Pour bon nombre d’analystes, celle-ci est généralement perçue comme totalement à la solde du régime en place. Or, les évènements de Tunisie ont révélé une armée qui peut aussi être désobéissante au régime. En effet, le refus de celle-ci d’ouvrir le feu, comme Ben Ali lui en avait donné l’ordre a éloigné la perspective d’un écrasement par la force du soulèvement populaire. Et L’attitude de l’armée contraste radicalement avec celle de la police, fidèle jusqu’au bout à Ben Ali.

Le rôle de l’armée tunisienne pendant les évènements et après la fuite de Ben Ali en traquant les milices présidentielles qui semaient la terreur parmi la population, a créé un mouvement de fraternisation, unique en son genre, entre la population et les soldats. Et ce mouvement s’est manifesté par des gestes quotidiens tels que, discuter avec les soldats postés devant les principaux édifices publics et les centres des villes, se photographier en leur compagnie, leur servir de la nourriture, des boissons chaudes…

6 – Enfin, un autre mythe tendant à accréditer l’idée que les tunisiens sont devenus individualistes, atomisés, est également tombé. Des manifestations de solidarité spontanée allaient apparaître pendant les évènements et après, comme les comités d’autodéfense civile qui se sont constitués pour protéger les quartiers et les biens privés des attaques des miliciens du régime et des pilleurs, mais aussi pour traquer certains d’entre eux afin de les livrer aux soldats. Ces manifestations portaient aussi sur les actions de salubrité publique telles que, le ramassage des ordures, le nettoyage des lieux publics du fait de la défection des services municipaux. Et la généralisation de ces manifestations de solidarité et d’entraide de la population fait dire aujourd’hui aux Tunisiens que Ben Ali a créé la banque de solidarité ; «il est parti avec la banque mais il nous a laissé la solidarité».

Toute cette effervescence continue et protéiforme a permis aux Tunisiens de s’emparer de la chose publique en s’investissant, indépendamment de leur âge et de leur milieu social, dans l’action politique, publique. La rue tunisienne ne désemplit pas de manifestants en tous genres : les uns, pour dénoncer les caciques de l’ancien régime et font même irruption dans les établissements publics pour déloger des responsables jugés trop compromis. D’autres, pour exiger la chute du gouvernement provisoire de l’après Ben Ali en faisant le siège devant le bâtiment du Premier ministre pour protester contre la présence «des symboles de l’ancien régime». Dans le même temps, d’autres Tunisiens se mobilisent pour défendre le processus démocratique encore trop fragile et pour appeler à la reprise des activités économique et sociales,…. Autant cette ambiance est excitante au regard des débats qu’elle suscite, des formes d’actions qu’elle engendre et de l’animation publique qu’elle stimule, autant elle est inquiétante du fait des risques de débordement et de désordre qu’elle recèle ! L’avenir est incertain et il serait même hasardeux de se livrer à des conjectures tant la situation qui se présente aux Tunisiens est unique, exceptionnelle, et invraisemblable pour nombre d’entre eux qui n’en rêvaient même pas deux mois auparavant…

(1) La force de l’obéissance : économie politique de la répression en Tunisie. Béatrice Hibou. Ed La Découverte Paris 2006
(2) CF, Attariqaljadid, journal hebdomadaire du mouvement Tajdid tunisien, n° 215, du 22 au 28 janvier 2011, p. 7

Larbi Chouikha

source:http://www.grotius.fr/six-cles-pour-comprendre-les-raisons-de-la-chute-de-ben-ali-en-tunisie/

Une réforme essentielle, l’abolition du régime présidentiel

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Texte intégral de cette libre-opinion de l’ancien ministre du Plan et des Finances, M. Mansour Moalla dont la revue Jeune Afrique vient de publier quelques extraits :

Cette réforme est capitale et urgente. Elle commande tout le reste. Le système « présidentiel » intégral a été mis en place depuis plus d’un demi-siècle : 53 ans. Le bilan politique de cette période est désastreux principalement au point de vue de la gestion politique : la liberté a été étouffée, la peur a régné. L’improvisation a empêché le pays de progresser : la coopérativisation nous a fait perdre une décennie, la fusion et la tension avec le voisin libyen nous en avait fait perdre une seconde. Les heurts violents avec la jeunesse, les étudiants en particulier ainsi qu’avec les syndicats nous ont conduit à des violences et des émeutes à plusieurs reprises. La gestion économique a connu deux crises frisant la banqueroute.

Alors, demandons-nous si réellement on peut continuer avec ce système présidentiel. Outre les crises et les violences qu’il a engendré, il a conduit à l’irresponsabilité des gouvernants et notamment du premier d’entre eux, à l’exercice d’un pouvoir personnel sans limites, à la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’une seule personne, à la domination du pouvoir exécutif détenu par le Chef de l’Etat, sur aussi bien le pouvoir législatif que le pouvoir judiciaire, à l’instauration d’un parti unique de fait, à l’étouffement de la société civile, à la disparition de toute transparence, à la persécution des élites, à l’impossibilité de transmission pacifique du pouvoir. Il a fallu un coup d’Etat et une révolte populaire pour écarter les deux Chefs d’Etat.

Les évènements qui viennent de se dérouler depuis des semaines nous dictent le devoir d’examiner de près les défauts et les résultats de ce système de gouvernement et d’en tirer la leçon. La plus grave erreur qu’il faut éviter à tout prix serait de perpétuer ce système après le drame national que le pays vient de vivre. Il faut donc impérativement le remplacer par un système de gouvernement qui organise autrement les pouvoirs publics ainsi que le contrôle régulier de leur gestion et la détermination de leurs responsabilités. Ce vrai « changement » est indispensable, celui de 1987 s’étant révélé une vraie supercherie.

Quelles réformes peut-on introduire pour l’avenir ? Il faut en premier lieu séparer les fonctions de Chef d’Etat et de Chef de gouvernement. Les deux fonctions obéissent à des nécessités différentes d’un gouvernement « organisé ». Le Chef de l’Etat est là pour symboliser l’unité nationale, le respect de la constitution et de la loi, pour servir d’arbitre et de conciliateur en cas de besoin. Il ne doit pas être mêlé aux vicissitudes quotidiennes de l’action politique pour ne pas se discréditer en prétendant après coup qu’il a été trompé en demandant pardon et en cherchant des boucs émissaires pour se disculper. Il n’est plus un Chef d’Etat respecté, il risque de devenir un partisan à combattre, un adversaire à éliminer ou un Chef de bande à abattre. Toute la nation qu’il symbolise s’en trouve déconsidérée. Cette fonction ne peut être remplie que par des hommes intègres et de haute moralité qui s’astreignent à cette neutralité, se comportent avec modestie, parvenant ainsi à détenir un pouvoir moral qui est aussi important que celui conféré par la loi. Le Chef de l’Etat donc « règne » et ne gouverne pas. Il assure une stabilité et une présence de l’Etat qui ne disparaît pas avec chaque crise politique comme dans notre régime présidentiel où les fautes de nos deux Chefs d’Etat se sont traduites par un ébranlement grave du pays et de la société.

Le Chef de l’Etat dans le nouveau système, étant donné son statut et ses prérogatives n’a pas besoin d’être élu au suffrage « universel » comme dans le cas du régime présidentiel. Le suffrage universel est considéré comme plus démocratique. Il ne l’est pas dans ce cas. Il se transforme en fait en un plébiscite et se traduit par des majorités invraisemblables évoluant entre 90 et 99,9% ! En outre, il concentre tout le débat politique sur une seule personne qui promet beaucoup  et qui renie ce quelle a promis de faire comme on l’a constaté dans les deux cas qui nous concernent.

C’est pour toutes ces raisons, qui sont devenues pour nous des faits établis, que l’on doit absolument éviter l’utilisation du suffrage universel pour le choix du Chef de l’Etat. Le Chef de l’Etat sera élu par le parlement à une majorité qualifiée, deux tiers ou trois quarts des voix. Il peut être révoqué de la même façon en cas de faute lourde ou de forfaiture. Son mandat doit être limité dans le temps : 4 ou 5 ans, renouvelable une seule fois.

En revanche, le suffrage universel est le plus approprié pour l’élection des députés et la formation d’un parlement représentatif de la nation et habilité de la sorte à désigner le Chef de l’Etat.

Le suffrage universel ne présentera alors plus de dangers par « effritement » en quelque sorte ne s’agissant plus d’élire une seule personne mais un grand nombre de députés. Le parlement devient ainsi le détenteur de la souveraineté populaire. Les Parlements qui ont été établis depuis l’Indépendance n’ont guère pu jouer ce rôle, écrasés qu’ils étaient par un pouvoir exécutif présidentiel supposé émanant du suffrage universel direct et soutenu par un parti devenu une machine électorale et un appareil de propagande. Ce parti s’est révélé incapable de jouer un rôle positif pour éviter la dérive du règne de Bourguiba et s’est effondré avec la fin du règne de son successeur ayant été totalement absent au cours des derniers évènements comme l’a été également l’ensemble de l’appareil d’Etat (Ministres, gouverneurs, délégués, omdas) qui a été totalement impuissant pour prévenir ou contenir la colère populaire. Tout cet appareil a été paralysé s’étant habitué à « attendre » les ordres et à y obéir à la lettre.

Le parlement donc, dans le nouveau système, redeviendra l’organe  central du système gouvernemental. Il peut assurer son rôle d’une manière efficace si le mode de scrutin choisi pour l’élection des députés est judicieux et raisonnable. Il y a en effet deux modes de scrutin possibles : celui dit majoritaire et celui dit proportionnel.

Le mieux est d’adopter une solution moyenne pouvant concilier les aspirations au dialogue démocratique avec les nécessités d’un gouvernement stable et efficace. Plusieurs formules peuvent être adoptées à ce sujet pour dégager une majorité stable sans fermer la porte à une transmission du pouvoir à une majorité nouvelle en cas d’échec de la précédente. Les spécialistes du droit électoral se chargeront de trouver les « mixages » entre le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel de manière à assurer les objectifs visés : démocratie, stabilité, efficacité.

On en vient ainsi à la seconde pièce essentielle du système : le gouvernement. Celui-ci doit être un organisme politique responsable et contrôlable, contrairement à ce qui s’est passé durant les 53 ans de régime présidentiel. Durant cette période le gouvernement n’a été qu’un organe technique dont le rôle est d’exécuter la politique et les ordres du Président. Les membres de ce gouvernement, Premier Ministre et Ministres n’étaient que des fonctionnaires du Président nommés et révoqués par lui, à sa convenance. Ils n’avaient à rendre compte qu’au Président. Ils étaient politiquement irresponsables sauf devant le Président qui lui-même est irresponsable et incontrôlable. Le Parlement étant devenu aux ordres du Président, c’est l’irresponsabilité généralisée à tous les niveaux.

En outre, ce gouvernement dont les membres sont désignés par le Président ne peut pas être homogène. On y rencontre des personnes aux idées contradictoires, aucune politique d’ensemble commune à tous ses membres chacun agissant isolément avec le Président, ignorant s’il le faut le Premier Ministre, et menant chacun son chemin tant bien que mal vers la « succession » ou vers la faveur du Chef pour être promu.

Ce système présidentiel ne contribue pas à former des hommes d’Etat, des hommes politiques ayant fait leurs preuves, ayant été consacrés par le choix populaire, ayant eu à prendre des décisions, à assumer des risques et à recueillir des succès ou à subir des échecs.

Un vrai gouvernement responsable ne peut émaner que de la volonté populaire représentée par le Parlement. Le Chef de ce gouvernement doit être le Chef de la majorité parlementaire. Les ministres doivent être membres de cette majorité sauf exception particulière due à des circonstances exceptionnelles.

Ce gouvernement doit avoir un programme commun approuvé par tous ses membres. La composition du gouvernement et son programme sont présentés au Parlement pour discussion. En cas d’approbation, le gouvernement est investi des pouvoirs lui appartenant constitutionnellement. Il ne restera plus qu’à nommer les membres de ce gouvernement par décret du Président de la République lequel est astreint à respecter la décision d’investiture et les choix du chef de la majorité. Si une telle majorité se révèle difficile à dégager et si l’émergence d’une coalition se révèle nécessaire pour en dégager une, le Président aura un rôle à jouer pour aider à y parvenir en jouant son rôle de médiateur et de conciliateur.

Le gouvernement ainsi mis en place fonctionnera sous le contrôle permanent du Parlement auquel il doit rendre compte de son activité. Ses décisions ne peuvent être improvisés par une seule personne. Elles doivent être adoptées si nécessaire après un vote au sein du Conseil des Ministres. Il reste en place tant qu’il a la confiance du Parlement. Si cette confiance lui est refusée, il doit se retirer et laisser la place à la nouvelle équipe qui aura bénéficié de cette confiance. Il y aura une crise ministérielle dont la solution incombe au Parlement. Il y a crise mais il n’y a pas un drame national comme en cas de « départ » du Chef de l’Etat élu au « suffrage universel » comme ce qui s’est passé avec les deux premiers Présidents.

Le système proposé permet donc une solution des problèmes et des conflits qui peuvent intervenir comme il permet les rectifications et les changements d’orientation politique et le redressement des erreurs sans perte de temps.  Alors qu’au cours des deux régimes présidentiels vécus par le pays au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler on a vu comment on a laissé les choses traîner, les problèmes s’aggraver et les conflits pourrir  jusqu’à ce que l’évènement décide et non le gouvernement.

Il y a donc une prédominance du Parlement, prédominance qui appelle deux précisions importantes. Pour que cette prédominance puisse être légitime, il faut que le Parlement émane d’élections transparentes et que les libertés publiques soient reconnues et protégées pour que chacun puisse décider librement de ses choix en tant que citoyen. En second lieu, ce rôle central du Parlement ne doit pas conduire ce dernier à des abus dans l’exercice de ses prérogatives, abus rendant l’exercice de l’activité gouvernementale difficile ou impossible. Il faut que le Gouvernement gouverne réellement, efficacement et assume ses responsabilités. Il n’est pas un simple exécutant des ordres des parlementaires. Pour « discipliner » le Parlement et l’empêcher d’entraver inutilement l’action du gouvernement, ce dernier doit disposer dans ce cas du droit de dissoudre un Parlement devenu « impossible » et d’appeler le corps électoral à trancher.

On voit que le système n’accorde à aucun organe constitutionnel un pouvoir absolu, ni au Chef de l’Etat, qui « règne et ne gouverne pas » ni au gouvernement qui peut être sanctionné et renvoyé ni au Parlement qui peut être dissout. On réalise ainsi cette règle fondamentale de tout système d’organisation des pouvoirs public démocratique et civilisé : « le pouvoir doit pouvoir arrêter le pouvoir » pour éviter les abus et pour assurer le respect de la personne humaine.

Il y a lieu d’ajouter que l’indépendance de la justice et l’autonomie de la magistrature viendront compléter cet équilibre des pouvoirs qui auront ainsi à se contrôler mutuellement. L’indépendance du pouvoir judiciaire a été sérieusement malmenée par le régime présidentiel depuis l’indépendance, le pouvoir exécutif autoritaire et totalitaire voulant dominer aussi bien le pouvoir législatif que le pouvoir judiciaire. Il faut rendre à la Justice son indépendance et aux magistrats leur dignité en leur accordant l’inamovibilité pour les protéger contre les mesures répressives et les intimidations de sorte que le pouvoir judiciaire, ainsi réhabilité puisse jouer son rôle au sein de l’ensemble de l’organisation des pouvoirs publics et participer à ce contrôle réciproque qui fait que le pouvoir devienne capable « d’arrêter le pouvoir ».

Un gouvernement vient d’être constitué. Il se propose d’organiser des élections. Le problème se pose de savoir quelle sorte d’élections pour élire un Président ou une Assemblée ? Quelle Assemblée ? Législative ou constitutionnelle ? Il faut ici clarifier le problème.

La tâche la plus urgente nous semble être de réformer la loi électorale en vue d’élire le plus tôt possible une Assemblée constituante représentative pour décider de l’organisation des pouvoirs publics et du système de gouvernement le plus apte à éviter le retour à l’autoritarisme et au pouvoir personnel.  C’est à cette constituante de se prononcer sur cette question vitale. On ne peut pas donc considérer comme acquis le maintien du système présidentiel et prévoir dès maintenant d’organiser l’élection d’un Président au suffrage universel comme par le passé et perpétuer ainsi les dangers que cela comporte.

L’élection d’une Assemblée constituante après la révision de la loi électorale constitue un préalable et la tâche principale du gouvernement de transition. Il ne lui appartient pas de décider du contenu de cette constitution. Il appartient à l’Assemblée constituante de s’organiser pour créer les commissions nécessaires pour étudier les projets proposés notamment par le gouvernement et de statuer sur le contenu définitif de la constitution. C’est après l’établissement de la nouvelle constitution qu’on pourra organiser les élections adoptées par le texte constitutionnel.

La colère populaire, qui vient de mettre fin au règne du « Président » déchu, mérite que le sacrifice de ceux qui ont réussi à le révoquer aboutisse à une profonde réforme d’un système de gouvernement qui a fait tant de mal au pays. La Tunisie, qui, malgré les soubresauts enregistrés depuis l’indépendance, a pu réaliser des succès économiques et sociaux aurait pu, si elle avait bénéficié d’un progrès substantiel sur le plan politique et démocratique, parvenir aujourd’hui au niveau d’un pays développé, libre et démocratique.

La Tunisie pourra alors réussir ce qu’ont réalisé les pays qui ont su se doter d’un système de gouvernement privilégiant le respect de ses potentialités humaines. Elle pourra devenir un pays développé comme la Corée du Sud qui avait le même niveau de vie que le nôtre au début des années 1960 ou la Finlande qui n’a que quatre millions d’habitants mais qui a le meilleur système d’éducation dans le monde. Elle pourra devenir un pays libre et démocratique comme la Suisse, ce qui était notre ambition au cours de la lutte pour l’Indépendance.

Je reste optimiste mais je crains aussi que la force de l’habitude, 53 ans de présidentialisme, le sentiment commun, compréhensible, d’avoir un père, un tuteur, un guide, un chef qui vous protège, l’ambition des professionnels de la politique de faire valoir leur talent, ne conduisent, par lassitude et résignation, à maintenir le « statu quo », ce qu’on aura sûrement à regretter plus rapidement encore que par le passé, le déchaînement des rivalités et la multiplication des candidatures « présidentielles » ne pouvant que diviser le pays et le déchirer. J’ai dit ce je pense. A chacun de s’exprimer aussi franchement sur ce sujet fondamental, l’organisation rationnelle des pouvoirs public. Aujourd’hui nous ne disposons que d’un gouvernement « provisoire », de transition. Il ne peut résoudre tous les problèmes de la société : entre autres l’éducation, l’emploi et le développement régional. Il doit se concentrer sur l’essentiel : rétablir une vie normale, préparer la transition en nettoyant les séquelles du passé, en libérant l’écrit et la parole notamment et un projet de réforme de la constitution.

Ce programme doit se réaliser sans précipitation mais avec détermination, en écourtant les délais. L’Assemblée Constituante sera aussi législative et pourra désigner un gouvernement plus représentatif. On pourra alors se mettre au travail, le gouvernement pour résoudre les questions fondamentales que pose le redressement de la situation économique et sociale et le développement du pays et l’Assemblée pour élaborer la nouvelle constitution. On aura tranché le problème de la légitimité du gouvernement actuellement mise en question et celui des institutions politiques qui se sont révélées anti-démocratiques. Le provisoire et le transitoire ne doivent pas se prolonger : l’attente populaire réclame et attend une issue crédible. Une fois la constitution adoptée, on pourra élire un Président de la République conformément aux dispositions constitutionnelles. En attendant, le Président de l’Assemblée constituante assurera les fonctions de Chef de l’Etat. C’est là une sortie possible d’une crise qui ne peut pas se prolonger sans risques de perturbations durables.

Mansour Moalla

TRANSITION DÉMOCRATIQUE « La Tunisie oscille entre rupture radicale et démocratie autoritaire »

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Comment se construit la transition démocratique en Tunisie ? Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman, analyse le rôle que jouent les différents acteurs tunisiens – opposants politiques, anciens du régime de Ben Ali, parti « islamiste », armée, police – ainsi que les puissances étrangères. Il décrit les scénarios possibles de la consolidation démocratique dans les prochaines semaines. Entretien.

Basta ! : Où en est la révolution tunisienne ? Quelles sont les stratégies des forces en présence pour construire la « transition démocratique » ?

Vincent Geisser [1] : Les « démocrates » tunisiens qui ont soutenu et accompagné la révolution sont profondément divisés sur le devenir du mouvement protestataire. Il y a ceux qui pensent qu’il faut renforcer la démocratie naissante en mettant fin définitivement au processus contestataire. Ils sont partisans d’une certaine normalisation sécuritaire, basée sur un compromis historique entre les « colombes » de l’ancien régime, les opposants indépendants et les représentants du syndicat unique UGTT (Union générale tunisienne du travail). Ils souhaitent consolider la transition démocratique, notamment en transigeant avec l’armée et les parties les plus « saines » de l’appareil sécuritaire, ainsi qu’avec certains anciens caciques du régime réputés pour leur « ouverture ». C’est la position défendue par Néjib Chebbi (Parti démocrate progressiste), ancien opposant à Ben Ali et actuellement ministre du gouvernement de transition.

D’autres veulent éradiquer toute trace de l’ancien régime et de l’État-parti, et rejettent tout compromis. C’est le cas des partisans de Moncef Marzouki (Congrès pour la République) et des membres du Parti des ouvriers communistes tunisiens (POCT). Et bien sûr des leaders du mouvement des « diplômés chômeurs » de l’intérieur du pays. Ces derniers souhaitent pousser jusqu’au bout la « révolution démocratique », afin de donner naissance à un nouveau régime politique, économique et social. Ces deux camps n’ont pas une réelle différence de culture politique, ils sont animés par des idéaux démocratiques. Ce qui les sépare fondamentalement, c’est la stratégie de rupture et surtout l’« agenda démocratique ».

Que reste-il de l’ancien régime ?

Il y a une certaine désillusion aujourd’hui des acteurs protestataires, tout à fait compréhensible – je pense notamment aux jeunes « diplômés chômeurs ». Mais il n’existe pas de risque objectif de retour à l’ancien régime ou de restauration du système mafieux. Une rupture a bien eu lieu. Le dictateur est parti. C’est un élément primordial lorsque l’on sait que tout en Tunisie tournait autour de lui, avec une personnalisation extrême du pouvoir. Les clans mafieux et affairistes – les familles Ben Ali, Trabelsi et autres – ont fui. Les segments les plus obscurs de l’appareil sécuritaire ont été largement démantelés.

Si l’on peut légitimement comprendre la déception des « démocrates radicaux », comme Marzouki, Hammami, Nasraoui, et des diplômés chômeurs qui ont le sentiment que la révolution leur est volée, l’ancien régime est bien déchu. Nous sommes dans une phase de transition. Mais cette transition peut aboutir à un régime bâtard qui verrait un candidat indépendant accéder au pouvoir présidentiel, avec des éléments nouveaux mais aussi avec des éléments de l’ancien régime. Ce qui conduirait à conforter une sorte de « démocratie autoritaire » ou d’« autoritarisme démocratique ».

Quel rôle l’armée tunisienne a-t-elle joué dans la révolution et quel rôle peut-elle jouer à l’avenir ?

L’armée a eu ces dernières semaines un rôle fondamental, en refusant d’appuyer le plan de répression de Ben Ali. Elle a clairement rejeté la politique jusqu’au-boutiste de son chef suprême, et a joué plutôt un rôle protecteur des acteurs protestataires. La raison ? L’armée n’est pas liée avec les intérêts mafieux et claniques du pouvoir. Contrairement à l’Égypte, la Syrie ou même l’Algérie, l’armée en Tunisie n’a pas d’intérêt direct dans l’industrie ou dans la gestion de la rente pétrolière. C’est une armée d’environ 35.000 hommes, composée de salariés, de fonctionnaires, de techniciens et d’ingénieurs.

Il ne faudrait pas pour autant en brosser un portrait romantique. L’armée tunisienne a joué un rôle répressif en 1978 pour canaliser les mouvements sociaux, et en 1981 et en 1984 pour réprimer les « révoltes du pain ». Cette fois, elle a refusé ce rôle parce que les sources de légitimité du régime étaient épuisées. Ben Ali était discrédité, la corruption était généralisée. Face à cette impasse, l’armée a bien compris que la seule solution était de remplacer le dictateur.

Cette réaction – que certains qualifieraient de « républicaine » – est avant tout dictée par une analyse pragmatique : les généraux et les officiers supérieurs étant convaincus qu’une répression ne pouvait conduire qu’au chaos et à leur propre disparition. Vu la « fluidité politique » actuelle, l’armée tunisienne peut jouer un rôle de plus en plus important dans le processus constitutionnel et dans la « pacification » sociale, en oscillant entre registre sécuritaire et registre de médiation avec les forces vives du pays.

« L’appareil sécuritaire » tunisien est-il encore présent et opérationnel ?

La France compte 60 millions d’habitants, la Tunisie 9 millions. Pourtant les deux pays ont quasiment le même nombre de policiers : 135.000. C’est énorme ! La Tunisie est l’un des pays qui comptent le plus de policiers par habitant. L’appareil sécuritaire, à travers le ministère de l’Intérieur, s’est pleinement engagé dans la répression. Une partie de la police a tiré sur la foule à balles réelles. C’est l’appareil sécuritaire de Ben Ali qui est responsable des près de 70 morts officiellement déplorés et des milliers de blessés. Mais tout l’appareil policier n’est pas corrompu : la partie « pourrie », mafieuse, de l’appareil sécuritaire a été en grande partie démantelée.

Il n’y a plus à craindre des secteurs du ministère de l’Intérieur directement aux clans Ben Ali et Trabelsi. Ils sont actuellement en fuite. Je ne crois pas en un retour des « vieux démons », même si la future démocratie tunisienne peut connaître des tendances sécuritaires comparables à celles que nous observons actuellement en France avec Nicolas Sarkozy. C’est en ce sens qu’il y a un risque de voir émerger en Tunisie dans les prochains mois une « démocratie autoritaire ».

Quel rôle peuvent jouer les « islamistes » dans le processus démocratique ?

Les « islamistes » tunisiens sont depuis longtemps intégrés aux « forums démocratiques ». Ce sont des « intégristes intégrés » au débat démocratique, en exil. Ils participaient à Paris, à Londres, à Marseille à de nombreuses réunions de l’opposition, aux cotés de la gauche, communiste, socialiste, voire anti-islamiste. De nombreux leaders de la gauche tunisienne « laïque » ont fréquemment rencontré les leaders « islamistes ». À beaucoup d’égards, les « intégristes » sont déjà intégrés au jeu politique tunisien.

Pour le parti Ennahdha (Renaissance) de Rached Ghannouchi, le modèle n’est pas l’islamisme radical ou l’islamisme salafiste de type saoudien, mais plutôt le parti AKP qui dirige actuellement la Turquie. Ce qui veut dire accepter le jeu parlementaire et prôner un libéralisme économique teinté de social, et surtout un certain pragmatisme avec les autres démocrates. Il y a un immense mythe sur les « islamistes » de Tunisie. Le parti Ennahdha est plutôt un parti conservateur libéral, qui n’est pas du tout dans une démarche de création d’État islamique ou de théocratie musulmane. Les « islamistes classiques » tunisiens ont le regard tourné vers Ankara, ils n’ont rien de « fascistes verts ».

Comment réagissent aujourd’hui les pays occidentaux et les pays arabes voisins ?

Les États-Unis ont joué un rôle de premier ordre dans le départ de Ben Ali. Le soutien du président Barack Obama au mouvement social, même s’il a été timide, a été beaucoup plus net que celui de la France. Au-delà de ce soutien symbolique, il semblerait que l’administration Obama ait donné son appui à l’armée tunisienne et aux « colombes » du régime (Mohamed Ghannouchi, le Premier ministre et Kamel Morjane, le ministre des Affaires étrangères) pour sacrifier Ben Ali. Il est clair que les États-Unis ont appuyé le scénario de transition.

En ce qui concerne les pays arabes, on peut vraiment craindre que certains régimes mettent tout en œuvre pour faire capoter le processus démocratique tunisien. L’Arabie saoudite, la Lybie, l’Algérie n’ont aucun intérêt à ce qu’une démocratie puisse naître dans le monde arabe. Une « coalition informelle » des dictateurs arabes pourrait se constituer pour saboter et enrayer le processus démocratique tunisien.

L’appui des États-Unis, de l’Union européenne et de la France aux démocrates tunisiens est primordial. Soit on joue la carte de la démocratie dans le monde arabe, soit, au contraire, on joue un rôle ambigu et on favorise le jeu pervers des wahhabites saoudiens, de la dictature mégalomane de Kadhafi et du régime des généraux algériens. Dans ce cas, il ne faudra pas se plaindre de la progression de l’idéologie salafiste jihadiste !

Comment la France a-t-elle pu faire de telles erreurs d’analyse sur la situation tunisienne ?

La position officielle de la France n’était pas fondée sur une erreur d’analyse, mais sur une logique politique de soutien total et aveugle au régime de Ben Ali. Interpréter les déclarations de Michèle Alliot-Marie comme une faute politique est erroné. Ce n’est pas une faute politique, c’est une faute de politique. La France a toujours soutenu les régimes autoritaires. Elle considère que l’on ne fait de diplomatie que dans les relations d’État à État et que les sociétés civiles importent peu.

Les États-Unis ont à la fois soutenu Ben Ali et développé des relations concrètes avec les syndicats et l’ensemble des dissidents du régime. Au contraire, la France a toujours interdit à sa diplomatie d’avoir le moindre contact avec tout ce qui pouvait nuire à la qualité de ses relations avec Ben Ali. Cet aveuglement constitue la logique de la politique française à l’égard du monde arabe : « On soutient les dictateurs contre les risques de déstabilisation ! » Il semble que la France a compris un certain nombre de ses erreurs. On peut espérer qu’elle réoriente sa politique à l’égard de la Tunisie en appuyant ouvertement le processus démocratique.

Quels sont les possibles scénarios dans les semaines et mois à venir ?

La Tunisie a le choix entre deux options. Soit une consolidation démocratique autoritaire qui conduirait le pays jusqu’à des élections, avec une coalition large autour d’un opposant indépendant tel que Nejib Chebbi (PDP), avec certains éléments de l’ancien régime et des éléments de la gauche syndicale. Dans cette hypothèse, les élections seront certes « démocratiques » (du moins en apparence), mais le scénario sera au préalable « programmé » : le candidat du pouvoir disposera notamment de moyens supérieurs à ceux de ses adversaires. Ce scénario de « démocratie contrôlée » a pour but de préserver les intérêts occidentaux et de poursuivre l’insertion de la Tunisie dans « l’économie-monde », dans la voie tracée par la Banque mondiale et le FMI. Un scénario où le candidat serait une sorte de « Ouattara tunisien ».

Autre hypothèse : la pression de la rue se poursuit, voire s’accentue et pousse le gouvernement à démissionner ou à aller beaucoup plus loin, avec la dissolution du parti de Ben Ali (RCD), l’instauration d’un véritable processus constitutionnel avec l’élection d’une assemblée constituante. Démocratie totale ou semi-démocratie ? Rupture radicale avec l’ancien régime ou consolidation autoritaro-démocratique ? C’est en ces termes que je poserais l’avenir politique de la Tunisie. Un avenir, qui, dans tous les cas, se fera sans Ben Ali.

Propos recueillis par Eros Sana

Photo : © Eros Sana. Manifestation de soutien à la révolution tunisienne (Paris, janvier 2011).

Notes

[1] Vincent Geisser est sociologue, chercheur au CNRS et à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (IREMAM). Il est auteur, avec Moncef Marzouki, de Dictateurs en sursis. Une voie démocratique dans le monde arabe, éditions de L’Atelier, 2009.

France/Tunisie : la nouvelle donne

Union-europeen-tunisie-23052011

La Tunisie s’inscrit désormais dans un processus de démocratisation, dont la forme et la force revêtent un caractère révolutionnaire. Par un acte de souveraineté, son peuple a décidé de reprendre son destin en main et de rompre le contrat social qui le liait au régime Benaliste. L’évènement marque le début d’une nouvelle page de l’histoire du pays. Il ouvre aussi des perspectives nouvelles pour les peuples de la région. L’autoritarisme qui caractérise les régimes arabes est affecté par la puissance de l’onde de choc de cette révolution populaire, qui renforce un peu plus la défiance des citoyens à l’encontre de leurs gouvernants.

La nouvelle donne tunisienne bouscule les grilles d’analyse et autres paradigmes sur lesquels était fondée la perception française du monde arabe en général et du Maghreb en particulier. La France n’a pas su – voulu ? – saisir cette accélération de l’Histoire. Elle n’est pas la seule, loin s’en faut. Reste que l’autisme et l’attentisme de l’Elysée conjugués aux maladresses de Michèle Alliot-Marie ont suscité un malaise profond. Une alternative au système Ben Ali semblait comme inconcevable pour la diplomatie française. Le silence de l’ancienne puissance coloniale relevait plus du soutien tacite à l’ancien régime que d’une neutralité bienveillante pour le peuple tunisien, ce « peuple frère » – selon l’expression de Nicolas Sarkozy – qui semblait condamné à l’horizon indépassable du « Benalisme ».

Un problème de crédibilité

Le président de la République a précisé lors de la conférence de presses organisée le 24 janvier que les autorités françaises n’avaient « pas pris la juste mesure » de la « désespérance » du peuple tunisien. Le problème serait donc d’ordre cognitif et analytique. Ce type d’argument n’est pas convaincant. En témoignent les récentes déclarations de Yves Aubin de la Messuzière, l’ancien ambassadeur de France en Tunisie (2002-2005), qui montrent que l’exécutif français était bel et bien informé du caractère corrompu et mafieux du régime. En réalité, c’est moins la capacité d’analyse du Quai d’Orsay qui est en cause que les options stratégiques de la diplomatie française. Ces choix teintés d’un cynisme certain sont à l’origine d’une politique jusqu’auboutiste de soutien au régime.
Toujours pour justifier ses errements diplomatiques, Nicolas Sarkozy a considéré que « le Président de la France doit tenir compte du poids de l’Histoire dans ces pays. La puissance coloniale est toujours illégitime à prononcer un jugement sur un pays. Je revendique une certaine réserve lorsqu’il s’agit de commenter les événements dans des pays qui ont été la France et qui ne le sont plus. Je refuse que la France soit assimilée à un pays qui a gardé des réflexes coloniaux ». Ce second argument ne tient pas non plus, à moins d’admettre l’incohérence et la contradiction comme lignes de conduite. En effet, la grille de lecture proposée par le président de la République ne se vérifie nullement dans le cas de la Côte d’Ivoire : chef d’Etat de l’ancienne puissance coloniale, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à manifester sa préférence pour l’un des candidats à l’élection présidentielle, avant d’exprimer – avec véhémence – sa volonté de voir Laurent Gbagbo quitter le pouvoir. Un acte patent d’ingérence et en contradiction avec l’argumentation développée pour justifier son silence dans le cas de la Tunisie.

La concurrence franco-américaine

En soi, le nouveau régime qui va émerger de la « révolution » tunisienne sera accompagné d’une reconstruction des rapports entre les deux Etats. Au sein de ces relations bilatérales, la politique tunisienne de la France qui reposait par trop sur des slogans – comme le fameux « miracle tunisien » – et sur un argument fallacieux : le régime de Ben Ali est l’unique rempart à l’islamisme. La déconstruction de ce type de discours est le prix à payer pour reconstruire le lien privilégié avec ce « peuple frère ». D’autant que la voix de la France est plus que jamais concurrencée par celle des Etats-Unis.
Outre le rôle qu’auraient joué les Etats-Unis dans le départ de Ben Ali, le président Obama a profité du discours annuel sur l’état de l’Union pour saluer le peuple tunisien, dont « la volonté (…) s’est avérée plus forte que l’étreinte d’un dictateur ». Il est vrai qu’il trouve dans la révolution tunisienne un point d’appui à son discours d’ouverture au monde musulman. En ce sens, le précédent tunisien aura sans nul doute un écho lors de la prochaine campagne présidentielle américaine, au moment où Obama aura à défendre le bilan de sa politique étrangère. Dès le 24 janvier, le secrétaire d’État adjoint chargé des affaires du Proche-Orient, M. Jeffrey Feltman, est arrivé en Tunisie pour des entretiens avec des responsables du gouvernement de transition, des dirigeants politiques et des représentants de la société civile. Cette visite visait à « transmettre le soutien des États-Unis au peuple tunisien » ainsi qu’à faire le point de la transition pour déterminer la manière dont les États-Unis peuvent se rendre utiles. Ce dernier a dit que le gouvernement Obama pourrait ainsi apporter son aide à la transition démocratique, à travers notamment son expertise en matière d’ingénierie électorale en vue de la préparation des élections à venir.

Principal partenaire commercial de la Tunisie, la France tente de réagir pour préserver ses intérêts stratégiques et ses rapports privilégiés avec son ex-protectorat. Par quels moyens ? Le président Sarkozy s’est ainsi engagé à être en première ligne dans la défense de la candidature de la Tunisie en vue d’accéder au rang de partenaire avancé de l’Union européenne. La Tunisie et l’Union européenne (UE), déjà liées par un accord d’association, ont lancé en mai 2010 des négociations en vue d’un renforcement de leurs relations, dans la perspective d’un « statut avancé » qui serait accordé par l’UE. La reconnaissance d’un tel statut – dont le Maroc bénéficie actuellement – permettrait d’intensifier le dialogue politique et les relations commerciales entre Bruxelles et Tunis afin de favoriser l’emploi, la bonne gouvernance économique et la modernisation de la justice.
La volonté de la France de reconstruire ces rapports bilatéraux sur des bases partiellement renouvelées est symbolisée par la nomination d’un nouvel ambassadeur de France en Tunisie : Boris Boillon, ancien conseiller du Président Nicolas Sarkozy et ambassadeur à Bagdad depuis mai 2009. Cet homme de confiance du chef de l’Etat aura pour mission de réorganiser l’ambassade de France, de conforter les rapports stratégiques et commerciaux entre les deux Etats et d’établir un lien privilégié avec la future équipe dirigeante. Celle-ci fera-t-elle payer l’attitude de la France durant la révolution populaire à l’origine de son accession au pouvoir ? Si toute « glaciation » des rapports avec la France ne serait pas dans l’intérêt de l’Etat tunisien, le peuple risque pour sa part de garder encore longtemps à l’esprit le silence tenu par l’ancienne puissance coloniale.

Enfin, la reconfiguration des rapports entre les deux bords de la Méditerranéen est de nature à relancer ou au contraire à freiner – un peu plus – l’Union pour la Méditerranéen. En ce sens, l’avenir de ce projet politique est désormais lié à la destinée de la Révolution tunisienne.

Par Béligh Nabli, directeur de recherche de l’IRIS

Les Palestiniens appellent à se révolter contre Mahmoud Abbas

Des militants palestiniens ont lancé sur le site internet Facebook une campagne à la demande du renversement du pouvoir de l’Autorité palestinienne et leur président Mahmoud Abbas.

Les slogans de cette campagne : « Les peuples tunisiens et égyptiens ont fait entendre leurs voix, nous devons aussi en faire autant », indiquant que le peuple de la résistance face à l’occupation doit se soulever contre les assassins de leurs résistants et contre les renonciateurs à la question palestinienne.

Les slogans de la campagne de protestation ont également appelé à se venger des assassins qui ont été reconnus coupables selon les « documents confidentiels divulgués par Al-Jazeera », causant le martyr de certains dirigeants palestiniens de la résistance palestinienne.

Les promoteurs de ladite campagne ont fixé le vendredi prochain comme le début de leur soulèvement appelant les Palestiniens à se révolter : « Notre rendez-vous sera vendredi, nous nous révoltons contre la bande de corrompus qui a trahi la nation et vendu notre cause sacrée, nous mourrons en martyr les têtes hautes il n’est pas question de vivre sous l’humiliation de ses traîtres, Abbas et son groupe doivent dégager ».

« Nous devons nous révolter contre les agents de l’occupation à Ramallah qui ont torturé, assassiné les résistants et trahit le peuple palestinien, en particulier contre Mahmoud Abbas, Mohammed Dahlan, Yasser Abed Rabbo, Saeb Erekat, Nasser Youssef et Ahmed Qoreï, ces responsables amis de l’ennemi sioniste qui collabore avec lui en signant es accords dans les coulisses » a souligné le communiqué de la campagne publié dimanche soir sur « Facebook ».

Source Al Manar Tv

[INTERVIEW] « Un processus irréversible à moyen terme » dans le monde arabe

Karim Bitar (Iris) indique à Nouvelobs.com qu’il « croit en l’effet dominos car il y a plusieurs tendances lourdes » dans le monde arabe. Mais il doute d’un « Happy-ending » à la tunisienne.

    Quels sont les caractéristiques de la révolte en Egypte ?

    - La révolution tunisienne a galvanisé la jeunesse arabe de l’Atlantique jusqu’au golfe. La situation égyptienne a un certain nombre de point communs avec la situation tunisienne : un pouvoir sclérosé, un président au pouvoir depuis trente ans, un appareil militaro-sécuritaire très répressif et des conditions économiques difficiles, notamment un taux de chômage des jeunes très important. D’autant que l’Egypte connaît une pauvreté encore plus marquée que la Tunisie avec 40% des Egyptiens vivants avec moins de deux dollars par jour selon des chiffres de la banque mondiale. A tout cela s’ajoute un très mauvais aménagement du territoire et le sentiment que la croissance et les richesses sont captées par un tout petit groupe de personnes liées à la famille ou aux associés du président.
    L’alignement de l’Egypte sur la politique extérieure des USA a également joué un rôle car les Egyptiens ont eu le sentiment que ce pouvoir n’était plus représentatif de leur volonté. Ce n’est pas le facteur principal mais il est clairement en arrière plan.
    Enfin, il y a eu une cristallisation des rancunes contre Hosni Moubarak qui se sont exacerbées lorsqu’il a été question de prévoir sa succession et d’installer son fils.

    Les risques de « contagion » dans le monde arabe sont-ils plus importants aujourd’hui qu’après la chute de Ben Ali en Tunisie ?

    - Oui, les risques existent mais « contagion » est le mauvais terme. La jeunesse arabe est très contente et attend ces espoirs de « contagion ». Cependant, je ne vois pas de « Happy-ending » à la tunisienne dans d’autres pays. Mais je crois en l’effet dominos car il y a plusieurs tendances lourdes, trois principalement, qui jouent en faveur de l’aspiration à la démocratie et aux libertés dans le monde arabe. Premièrement, la transition démographique : le taux de fécondité a rapidement décru en quelques années. En Egypte, on est notamment passé de 6,3 à 2,8 enfants par femme. On a d’ailleurs assisté à ce même phénomène dans tout le monde arabe. Cela s’accompagne d’une hausse du taux d’alphabétisation. Ces deux facteurs ont, partout dans le monde, déclenché de grands bouleversements politiques. Pourtant ces pays semblaient anesthésiés depuis vingt ou trente ans, comme si les changements avaient été retardés notamment par la guerre civile algérienne qui a été un vrai traumatisme. De plus, le 11 septembre 2001 et l’instauration d’une guerre globale contre le terrorisme ont servi aux autocrates qui ont pu serrer en se présentant comme le dernier rempart contre l’islamisme.

    Le troisième facteur est la guerre d’Irak. Ses conséquences humaines et géostratégiques ont quelque peu dégouté les jeunes de la démocratie : on avait promis un effet domino venant d’Irak mais celui-ci est venu non pas d’une intervention militaire mais d’une révolution spontanée.

    Quel est le véritable risque islamiste en Egypte ?

    - Les islamistes sont beaucoup plus présents en Egypte qu’en Tunisie, notamment avec les Frères musulmans. C’est un mouvement qui a établi un maillage de la société et qui ne peut pas être balayé d’un revers de la main. Mais il existe un autre mouvement puissant en Egypte qui refuse cette alternative. En effet, il faut rappeler que l’Egypte a connu très tôt des mouvements féministes dont les premiers sont apparus dès 1929. Les Frères musulmans ne sont pas la seule force en présence et ils n’ont pas été à l’avant-garde de cette révolution.

    Pourquoi n’y aura-t-il pas de « Happy-ending » à la tunisienne ?

    - Il sera beaucoup plus difficile d’aller au bout de la révolte en Egypte ou ailleurs qu’en Tunisie, notamment en raison des intérêts économiques et géostratégiques des USA dans le pays et la région. L’Egypte est l’un des piliers de la politique américaine au Proche-Orient depuis trente ans. Les USA n’auraient pas pu faire les deux guerres en Irak sans le soutien logistique de l’Egypte. Il faut également rappeler l’importance du canal de Suez par où transite 7,5% du commerce mondial. De plus, les Etats-Unis ne peuvent pas se permettre une déstabilisation de ce pays à cause de sa proximité avec Israël et de la présence des frères musulmans. Les USA préféreraient voir un autre homme fort succéder à Moubarak afin de maintenir la stabilité du pays et de protéger leurs intérêts. Ils ne lâcheront pas Moubarak, sauf si un nouvel homme fort s’impose, comme Omar Souleyman ou le général Hussein Tantaoui par exemple. Il faut d’ailleurs rappeler que l’armée est au pouvoir directement ou indirectement en Egypte depuis plus de cinquante ans.

    Mais toutes ces tendances fortes me font penser que c’est un processus irréversible à moyen terme. Ces régimes sont condamnés mais ils peuvent encore gagner du temps.

    Les pays arabes doivent créer 120 millions d’emplois d’ici 2020 : cela signifie qu’il faut qu’ils investissent dans de nouveaux secteurs comme le high-tech et privilégient le développement humain. Mais ces régimes ne semblent pas capables d’effectuer cette transition qui nécessite une grande révision des politiques économiques. Enfin, internet et les réseaux sociaux ont joué un grand rôle dans ce phénomène de soulèvements notamment avec le développement d’une solidarité inter-arabe que l’on pensait disparue.

    Interview de Karim Bitar, chercheur associé à l’Iris, spécialiste du Proche et Moyen-Orient,

    par Anne Collin le lundi 31 janvier 2011

    Tunisie – Tourisme: Comment Accor a été plumé par la famille!

    Tout porte à croire que les Tunisiens n’ont pas été les seules victimes des agissements des proches du régime Ben Ali. Et les langues commencent à se délier.

    Selon les propos rapportés par un site français nordeclair.fr, le groupe hôtelier Accor aurait subi de pression et autres actes de corruption à telle enseigne qu’il était obligé de quitter la Tunisie, laissant derrière des pertes qui se montent à plusieurs centaines de millions de dinars. “… Trop de corruption et des pratiques qui lui ont fait jeter l’éponge“.

    Toujours selon la même source citant Gérard Pélisson, fondateur avec le Tourquennois Paul Dubrule du groupe Accor, ne mâche pas ses mots: «Nous avons quitté la Tunisie il y a trois ans. La situation était devenue intenable». Une décision lourde, et ce d’autant plus que «… pendant des années, il a été implanté à Djerba et Tozeur avec, comme partenaires, des banques tunisiennes. On a découvert petit à petit comment elles étaient inféodées au système, très proches du pouvoir et de ses clans familiaux. Nos intérêts passaient après», raconte Gérard Pélisson.

    Mais encore. M. Pélisson révèle qu’un jour on a “obligé“ à acheter un hôtel pourri pour 7 millions d’euros (près de 14 millions de dinars tunisiens. «Ses propriétaires étaient très proches du régime. C’était un actif pourri. Donc, pour la banque une très belle affaire…», écrit nordeclair.fr, et d’ajouter: «On a été spoliés en Tunisie». Sans compter le «harcèlement fiscal» que le groupe a dû subir.

    Et si l’on en croit les propos du fondateur du groupe, il y a environ un mois, Accor tente un come back en Tunisie. Selon M. Pélisson, «une délégation est reçue… le Premier ministre actuel et pas par Ben Ali, «pour essayer de rétablir des relations entre Accor et la Tunisie. Pour le Premier ministre, c’était un problème qu’Accor ne soit plus présent. Un problème pour l’image du pays». Mais pas seulement, parce qu’Accor estime, lui aussi, que «la Tunisie joue un rôle important dans le monde arabe». C’est dans ce cadre que «le groupe a donc décidé de dessiner sur la pointe des pieds une coopération, notamment sur la formation des jeunes aux métiers du tourisme», souligne notre source.

    Comme ont rappelé la plupart des journaux de la place, Accor sera de retour à Tunis avec deux hôtels, un Ibis et un Novotel, situés sur l’avenue Mohamed V, mais avoir investi, cette fois-ci. «Il va gérer ces deux établissements qu’il n’a pas construits», avec un objectif, «développer un tourisme d’affaires dans ce pays, secteur pour lequel il y a une forte attente», estime Abdou Belgat, l’ambassadeur du groupe Accor pour les pays arabes et musulmans.

    M. Belgat rappelle du reste que, «actuellement, le tourisme tunisien est surtout balnéaire et bas de gamme mais la Tunisie est une véritable plate-forme régionale au Maghreb. Il y a une vraie dynamique. Avec ces deux hôtels, on est vraiment dans la cible». Et lorsqu’on lui demande sur d’éventuelles craintes que la corruption perdure en Tunisie, il répondra tout simplement: «y a du boulot».

    Au vu du déroulement de la situation, personne ne conteste cette analyse. Sans doute nous ne tarderons pas à connaître l’ampleur de la tâche qui attend les nouveaux dirigeants

    La politique de l’homme providentiel en question par René Naba

    «Lorsqu’un peuple veut la vie,
    Force est au destin de répondre,
    Aux ténèbres de se dissiper,
    Aux chaînes de se rompre
    Au peuple de triompher
    Nous mourrons pour que vive la Patrie»

    Hymne national de la Tunisie, paroles du grand poète tunisien Abou El Kacem Chabbi

    France-Monde arabe: La politique de l’homme providentiel en question

    I • De l’inanité de la recherche de l’homme providentiel

    La recherche constante de l’homme providentiel ne saurait constituer une fin en soi, encore moins tenir lieu de politique dans le domaine international. N’en déplaise aux publicitaires de pacotille, la déconfiture de la France en Tunisie, en Côte d’Ivoire et au Liban devrait conduire les prescripteurs d’opinion à répudier ce travers français et aux citoyens de sanctionner ces pratiques dans leurs choix électoraux.

    Après avoir porté aux nues l’irakien Saddam Hussein, le saladin du Monde arabe, l’ivoirien Félix Houphouët-Boigny, le sage de l’Afrique, le tunisien Zine el Abidine Ben Ali, le «rempart contre l’intégrisme» en Afrique du Nord, le Mozart de la finance, Jean Marie Messier (Vivendi), le Paganini de l’équarrissage des entreprises en difficulté, Bernard Tapie, les coqueluches des nuits parisiennes, les hommes d’affaires William Kazan, Akram Ojjeh et Samir Traboulsi, le publicitaire Raghid Al Chammah, le magicien du clavier électronique, Imad Lahoud, faux décrypteur du listing Clearstream, auparavant en Afrique le général Mobutu Sessé Seko du Zaïre, puis pour cause de pétrole les présidents Omar Bongo (Gabon) et Gnassimbé Eyadema (Togo), la France a jeté son dévolu au début de la décennie 1990 sur Rafic Hariri, puis sur son héritier Saad Hariri, avant de succomber devant le nouveau petit génie de la République, Nicolas Sarlozy, seul homme à pouvoir restaurer la sécurité de la France, à redresser ses finances publiques en état de faillite, le principal barrage à l’extrême droite française, le tombeur de la gauche et le redresseur de la France, le champion de la lutte contre l’antisémitisme et de la discrimination positive, le sauveur suprême en somme.

    La suite est connue pour l’un comme pour les autres, avec pour deux des chouchous français, Mobutu et Ben Ali, une interdiction du territoire français à leur éviction du pouvoir, après plusieurs décennies de bons et loyaux services. L’ingratitude est la loi suprême des états pour leur survie. Avis donc aux apprentis dictateurs.

    II • La France intoxiquée par son propre poison

    A l’instar des autres pays arabes, le Maghreb souffre de l’absence d’un projet viable de société, d’une déperdition d’énergie et d’un autoritarisme bureaucratique. Un quart de siècle après le vent de fronde qui a soufflé sur le Maghreb, en 1984, alimenté par un mécontentement populaire diffus et par le marasme économique mondial, dans un monde arabo musulman en crise d’identité, un nouvel élan populaire risque de mettre à bas le savant édifice mis sur pied sur la rive sud de la Méditerranée en vue d’y pérenniser l’hégémonie occidentale sur la zone. De maintenir le Maghreb en situation de marché captif, un défouloir de la société occidentale pour son tourisme de masse, son atelier au rabais pour le maintien de la compétitivité internationale de l’Europe, le refuge de ses retraités en fin de vie, le glacis stratégique du pacte atlantique face à la percée chinoise en Afrique, son arrière cour économique et sa basse cour politique.

    Débordant les relais traditionnels du pouvoir, tant les partis politiques que les syndicats, la «révolte des ventres creux» a frappé en janvier 2011, la Tunisie, le plus homogène démographiquement mais le plus démuni de ressources de ce qu’il est convenu d’appeler le Maghreb central. Avec l’Algérie et le Maroc, ces trois pays forment un ensemble régional de plus de trois millions de km, dont les perspectives, à en juger par les statistiques, paraissent sombres. Avec 80 millions d’habitants, le Maghreb verra sa population augmenter d’un tiers pour atteindre les cent vingt millions à l’horizon de l’an 2020.

    Ce partenaire de premier plan de l’Europe, dont il borde le flanc méridional, à la jonction du monde arabo berbère et africain, a vu son économie sinistrée par la cléptocratie, le népotisme, la prédation de son économie, les tares propres aux dictatures, et, dans un contexte de mondialisation accélérée et de concurrence exacerbée, par la prépondérance des échanges avec l’ancienne métropole sur la coopération Sud Sud, les échanges interarabes et arabo africains.

    La chute de la dictature tunisienne porte condamnation de la complaisance de la classe politico médiatique française à l’égard de Ben Ali: Du vacancier de Bizerte, Bertrand Delanoë, Maire socialiste de Paris, au résident de Sidi Bou Saïd, le bi national Frédéric Mitterrand, ministre de la culture, à Pierre Lellouche, ministre de l’Industrie, à Charles Pasqua, dont le fils y trouva refuge pour échapper à la justice de son pays, à Guillaume Sarkozy, frère aîné du président français, à l’entrepreneur Pierre Besnainou, candidat potentiel à la présidence du CRIF, toute la cohorte des intellectuels médiatiques, pensionnaires gracieux des sites balnéaires de la Tunisie, qui ont assuré sa promotion, celle de son paradis d’enfer et la survie de son dictateur.

    La diplomatie occidentale, particulièrement française, parait déconnectée des réalités de la société arabe, en ce que son contact se réduit aux élites locales vieillissantes sans rapport avec le bouillonnement de sa propre jeunesse, dont les analyses, de surcroît, se fondent sur des présupposés idéologiques.

    Si personne, selon l’expression des dirigeants français, n’a rien vu venir des événements de Tunisie, la première révolution démocratique du XXI me siècle, c’est pour l’évidente raison que les Français se sont aveuglés eux-mêmes, s’intoxiquant de leur propre poison. Les principaux intervenants dans les médias français étaient recrutés dans le cercle des thuriféraires du régime tunisien. La fréquence des apparitions médiatiques du directeur des « Cahiers de l’Orient », Antoine Sfeir, était ainsi proportionnelle à l’importance de sa production laudative sur la Tunisie. De même pour le directeur de l’Observatoire des Pays Arabes, Antoine Basbous, à la mesure du torrent de boue qu’il a déversé sur le Monde arabe, l’arabisme et le nationalisme arabe, comme en témoigne sa philippique ânonnée dans la revue néo conservatrice proaméricaine «Le meilleur des Mondes».

    Il en va de la Tunisie, comme du bunker de Saddam Hussein, comme de l’analyse haririenne de la situation libanaise, qui présente le chef du clan saoudo américain au Liban comme «le rempart de la modernité face à l’obscurantisme» dont il a longtemps été, pourtant, le financier occulte via ses parrains wahhabites. Deux cautions exotiques à des analyses rétrogrades et à des élucubrations fantaisistes. Une fonction assumée, au même titre, par les amazones gadgets de la diversité sarkozyste, Rachida Dati, ancien ministre de la justice, Rama Yade, ambassadeur de France à l’Unesco et ancien ministre de la jeunesse et des sports, et Fadela Amara, ancien secrétaire d’état à la ville.

    III • L’offre de Michèle Alliot Marie, non un lapsus, mais un réflexe pavlovien.

    Intimer l’ordre à l’ivoirien Laurent Gbagbo de déguerpir dans la semaine sous peine de sanction et proposer, dans le même temps, l’expertise policière française pour la répression d’un soulèvement populaire en Tunisie relève, à tout le moins, d’une aberration mentale sans doute unique au monde, à l’effet de discréditer durablement la France de tout crédit moral. Que l’on se détrompe toutefois. L’offre du ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot Marie de Hammamet, de prêter main forte au régime tunisien face aux manifestants ne relève pas d’un lapsus, mais d’un réflexe pavlovien.

    Elle traduit la coopération franco-tunisienne «exemplaire » dans le domaine de la police, non pas en Tunisie, mais en France même, où, pas moins d’une centaine de commissaires et inspecteurs de la police tunisienne étaient « insérés » dans le dispositif de surveillance de la communauté arabe en France, sévissant au nom de la prévention du terrorisme, en tant qu’auxiliaires de la police politique tunisienne avec son cortège de filatures, d’écoutes téléphoniques et d’accès au fichiers.

    Et plutôt que de se gargariser des vertus de la démocratie à la tunisienne, plutôt que de nous avoir gargarisé avec les sempiternelles ritournelles sur le rempart contre l’islamisme que représente cette «dictature éclairée», ces grands défenseurs autoproclamés de la démocratie auraient dû se plonger dans la lecture salutaire d’ouvrages critiques publiés, tel «la Régente de Carthage» de Nicolas Beau et des révélations quasi quotidiennes de son site «Bakchich», de même que le livre de Mohammad Bouebdelli « Le jour où j’ai réalisé que la Tunisie n’est plus un pays de liberté » (www.bouebdelli.org) et les mémos révélés par WikiLeaks, en décembre 2010, un mois avant la chute du tyran, qui constituaient une véritable radioscopie des turpitudes du régime, un exposé des dérives de cet état policier, chouchou de l’Occident.

    L’honneur de la France est de restituer à la Tunisie l’argent ponctionné au peuple tunisien pour les besoins de la propagande du dictateur. Qu’il s’agisse des politiques, des nombreux journalistes ou des personnalités publiques, la restitution de l’indu constitue une mesure de salubrité publique et la disqualification des laudateurs, une mesure de décence devant de telles dérives, tant il est vrai que le plus grand camouflet infligé à ces propagandistes aura été que celui qui était présenté comme un rempart contre l’Islamisme n’a trouvé refuge qu’au sein du principal foyer de l’intégrisme, l’Arabie saoudite.

    IV • Le pays du Jasmin, miroir déformé de l’Occident

    Décrié pour son usage abusif du népotisme, de la répression, de l’intimidation et de la corruption, la Tunisie a bénéficié, sous Ben Ali, pendant 23 ans d’une étonnante mansuétude de la part des pays occidentaux, plus prompts à dénoncer les violations des droits de l’Homme en Iran ou en Syrie que dans l’arrière cour de la France (Tunisie, Maroc, Gabon, Tchad), plus prompts à s’enflammer pour le Darfour que pour Gaza, pour le Tibet que pour le Yémen.

    Plus prompts à fustiger la fraude électorale en Iran, à grands renforts de campagne médiatique que le trucage massif en Afghanistan, ou la parodie de la démocratie à la tunisienne ou encore la vénalité de la féodalité politique du bloc parlementaire du milliardaire libano saoudien Saad Hariri au Liban. Plus prompts enfin à carboniser un chef d’état coupable d’avoir prolongé son mandat de trois ans, rien que trois ans, le libanais Emile Lahoud, que leurs clients arabes multirécidivistes de la reconduction, l’Egyptien Hosni Moubarak (28 ans de pouvoir) ou le tunisien Ben Ali (23 ans de pouvoir) ou encore les dinosaures de la Françafrique.

    Doté d’une coterie familiale agglomérant des trafiquants de drogue, des écumeurs des mers et des prédateurs des banques, le roitelet tunisien a trôné, en partage avec son envahissante épouse Leïla, sur le pays du jasmin, devenu, au fil des ans, le royaume putride de la corruption, une parodie de démocratie, l’alibi occidental à la lutte contre le fondamentalisme religieux, le miroir déformé de l’occident, la face honteuse de ses pratiques dévoyées.

    Tout le monde garde présent à l’esprit la prestation de Nicolas Sarkozy prônant depuis Tunis une division raciale du travail sur le pourtour méditerranéen, sur la base des stéréotypes coloniaux de la France. «Vous avez une main d’oeuvre qui ne demande qu’à être formée, nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation. (…) Ensemble, avec votre main d’oeuvre, avec nos écoles, nos universités, avec ce que nous échangerons, nous pouvons créer un modèle qui triomphera dans le monde entier», avait soutenu le 29 avril 2008 à Tunis le président français devant un parterre de cinq cents patrons français et tunisiens.

    La conjugaison de la main d’oeuvre arabe et de l’intelligence française constitue une variation sur le thème récurrent de la pensée subliminale française, la traduction du rêve extatique d’une fraction de la population française depuis plusieurs générations qui se résume par cette formule lapidaire mais hautement expressive: «faire suer le burnous». Une rengaine orchestrant une mauvaise réédition d’une mauvaise émission de télévision «la tête et les jambes», le mauvais remake d’un mauvais film qui a ponctué tout le long du XX me siècle l’imaginaire français de la «chair à canon», au «bougnoule», au « sauvageon», à la «racaille» au «karcher» à la toute dernière saillie sarkozienne de Tunis. En renvoyant Ben Ali, le «manuel» Tunisien a administré un magistral coup de pied au «cérébral» Français, le renvoyant dans ses pénates toute honte bue de tant de dévoiement.

    Overseas officer des services américains, Ben Ali a été un observateur privilégié du soulèvement syndical de Gdansk, dans la décennie 1980, en sa qualité d’ambassadeur de Tunisie et observateur pour le compte des services occidentaux de la contestation minière en Pologne. De retour dans son pays, en sa qualité de ministre de l’intérieur, il a fait de la Tunisie, en complémentarité avec le Maroc, la plate forme opérationnelle majeure des services américains et israéliens, dont il sera leur interface au plan locale. Un rôle dévolu par la suite à Kamal Morjane du temps de son passage au ministère de la défense avant son basculement vers le ministère des Affaires étrangères et sa promotion au rôle de caution du régime post Ben Ali.

    Depuis 2002, Tunis est le siège du bureau régional du MEPI (Middle East Partnership Initiative), dont la couverture philanthropique de ses objectifs masque un soubassement sécuritaire. Bien qu’antérieur à l’installation du MEPI, l’assassinat en Tunisie des deux principaux adjoints de Yasser Arafat, Khalil Wazir, alias Abou Jihad, le chef militaire, et Salah Khalaf, alias Abou Iyad, le chef du renseignement, ne relève pas d’un pur hasard. Infligeant un dégât considérable au leadership palestinien, leur élimination a favorisé la promotion d’un bureaucrate poussif, en la personne de Mahmoud Abbas.

    V • Les premières émeutes globales de la mondialisation

    « La montre Rolex avant cinquante ans », brandi comme un signe de réussite sociale par le publicitaire tapageusement ostentatoire Jacques Séguéla, ne constitue pas un impératif de vie pour une large fraction de la planète. L’immolation, loin de revêtir un phénomène de mode, constitue, dans cette optique, la forme la plus aigue d’une protestation non bureaucratique, qui témoigne du degré d’exaspération et de l’intensité de la désespérance humaine des «laissés pour compte» de la société d’abondance.

    Au-delà du cas spécifique de la Tunisie, force est de constater que les émeutes populaires qui ont eu lieu simultanément, en 2010-2011, en Algérie, en Tunisie, en Egypte, en Jordanie, au Yémen, en Iran, en Chine, dans les banlieues françaises, constituent les premières émeutes globales de la mondialisation. Ces explosions de violence, sur tous les continents, démontrent le caractère explosif de la combinaison de la corruption et des difficultés économiques, su fond de hausse des prix des matières premières. Ces explosions de violences retentissent comme autant de symptômes qui portent la marque du dysfonctionnement d’un système d’un monde mu par une économie mondialisée.

    Le consensus de Washington et son prolongement européen, le consensus de Bruxelles, avec leur cortège de programme d’ajustements structurels, de délocalisation, de privatisation, de libéralisation et de spéculation a provoqué une perte colossale de l’ordre de 25.000 milliards de capitalisation boursière, soit un coût infiniment plus élevé que le budget prévu pour la réhabilitation et la dynamisation de l’ensemble des économies du tiers monde.

    La modernité a un corollaire que le sociologue Zygmunt Bauman qualifie de «coût humain de la mondialisation»: une production croissante de larges zones de rebut de l’humanité, la version moderne du lumpen prolétariat.

    Mais loin de participer d’un effet domino, le basculement de la Tunisie relève d’un effet boomerang. La défaite arabe de 1967 a provoqué la chute de la monarchie libyenne, la perte de la base américaine de Wheelus et la base anglaise de Benghazi entraînant la perte pour l’Otan de la façade occidental de la Méditerranée au bénéfice du camp arabe. Elle s’est prolongée par le coup d’Etat du Soudan, Gaâfar Al Noumeiry et du coup d’Etat en Irak.

    Le traité de paix israélo-égyptien de mars 1979 a été compensé par la chute de la dynastie Pahlévi ; l’invasion américaine de l’Irak avec l’éviction d’un pouvoir sunnite dans l’ancienne capitale des abbassides a provoqué un séisme dupliqué par l’élimination du chef du clan saoudo américain au Liban, Rafic Hariri; le démembrement du Soudan, la chute du rempart de l’intégrisme de l’Afrique du Nord ; la capitulation de Barack Obama face au diktat israélien dans les négociations de paix israélo palestiniennes, la chute du gouvernement pro américain de Saad Hariri au Liban.

    Tous les dirigeants pro occidentaux du tiers monde arabo musulman sont sous perfusion américaine: Hamid Karzai (Afghanistan), Noury al Malki, (Irak), Mahmoud Abbas (Palestine), Hosni Moubarak (Egypte), y compris la dynastie wahhabite et naturellement leur enfant chéri, Saad Hariri. En intronisant Rafic Hariri «martyr de l’Occident » et son héritier politique, Saad Hariri, comme «le rempart de la démocratie en terre arabe», il est à espérer que les dirigeants occidentaux ne s’en mordent pas le doigt très prochainement. La servilité à l’égard de l’Amérique ne constitue en aucune manière un gage absolu de pérennité.

    La focalisation égyptienne sur la levée d’une milice sunnite au Liban, non pour participer au combat pour la libération de la Palestine, mais pour faire contrepoint au mouvement chiite libanais Hezbollah, en plein démembrement du Soudan, sur fond de grogne électorale et de contestation populaire en Egypte, a constitué la marque d’une aberration mentale absolue, un acte de dévoiement suicidaire du régime égyptien qui risque d’obérer grandement les chances successorales de l’héritier Moubarak, dans la foulée du collapsus tunisien.

    Hosni Moubarak, en Egypte et Saad Hariri au Liban se doivent de bien intégrer dans leur raisonnement les évènements de Tunis et réfléchir aux conséquences de leur acte et que l’Égyptien garde bien en mémoire le précédent de son prédécesseur, Anouar El Sadate, et Saad Hariri celui de son propre père.

    La Tunisie a constitué un avertissement sans frais pour les gérontocrates arabes (Hosni Moubarak d’Egypte, Ali Abdallah Saleh du Yémen, Abdallah d’Arabie) et la visite du sous secrétaire d’état américain Jeremy Feltmann à Tunis, a signé le primat de la diplomatie américaine dans cette ancienne chasse gardée de la France, déconsidérée désormais par son comportement en porte à faux. La cécité politique a un prix, la suffisance aussi.

    Aux apprentis dictateurs arabes, de méditer le sort funeste d’Anouar El Sadate (Egypte), de Bachir Gemayel (Liban), d’Abdallah 1er de Jordanie, de Wasfi Tall, le premier ministre jordanien bourreau des Palestiniens durant le septembre jordanien, Noury Saïd (Irak) premier ministre anglophile d’Irak, Benazir Bhutto (Pakistan), interface des néo conservateurs américains et du Commandant Massoud Shah (Afghanistan). Et aux aspirants dictateurs de méditer le sort funeste du Chah d’Iran Reza Pahlévi, de Mobutu Sessé Seko (Congo Kinshasa) et de Ben Ali (Tunisie), tous trois, une fois leur prestation achevée, interdits de séjour dans des pays dont ils ont été les sous traitants officieux.

    Errare Humanum Est, Perseverare Diabolicum.